« Sans contrefaçon » de Pascal Nègre (2010)

01Déc10

Pascal Nègre, président d’Universal Music France vient de publier un livre intitulé « Sans contrefaçon », en collaboration avec Bertrand Dicale. J’ai retenu plusieurs passages qui m’ont permis de mieux comprendre le personnage et son background mais aussi d’y trouver les échos de mon travail quotidien qu’il soit artistique ou technique.

Il évoque notamment la construction de sa culture musicale p.13 « Je me suis bâti une culture musicale non pas contre quelque chose, mais pour quelque chose. (…) J’essaie autant de comprendre comment se fabrique le son d’un disque que de faire fonctionner mes oreilles de manière utile et intelligente. J’ai alors le sentiment de tout devoir connaitre. (…) Il me semble alors que je sens bien ce qui est susceptible de toucher le public ».

Toutes proportions gardées, je me permet de faire un parallèle dans ma tâche de sélecteur musical pour des lieux ou des événements, car c’est en écoutant tous types de musique que je pense être à même d’estimer ce qui serait intéressant de diffuser dans un cadre et un contexte bien défini.

A propos d’équilibre de vie et de recul sur le métier p. 27 « De manière empirique, je me construis une hygiène de vie en m’aérant l’esprit. Je cours les expositions, j’écoute autre chose que les productions de mon label, je rencontre des gens hors de mon milieu… (…) De même, je serais incapable de n’écouter que du rock, du rap ou de la musique classique : je refuse de n’avoir qu’une seule source de plaisir. Par exemple, je ne me suis jamais contenté de lire Libé et le Le Nouvel Obs ou Le Figaro et Le Point : il faut que je lise tous les quotidiens et tous les hebdos (…). Je n’aime pas les chapelles et les sens uniques, je me refuse à proclamer mon bon goût. Pour un directeur de label, cet éclectisme est une force. »

Au sujet de la variété et du bon goût p. 87 « C’est une de mes forces : je suis guidé par mes goûts. Soyons clair : dans notre métier, le cynisme n’existe pas. Ou tout du moins il ne sert jamais les grands projets. Si la variété populaire remporte un tel succès, c’est notamment parce que ses auteurs et ses interprètes sont sincères. Ils aiment cette musique dite de grande consommation autant que ceux qui l’écoutent. (…) On nous reproche sempiternellement de produire des disques « formatés », mais je ne suis pas sûr que les contours de ce prétendu « formatage » soient si clairs. N’est-ce pas plutôt l’expression d’une grande condescendance vis-à-vis de la chanson dite populaire, condescendance elle-même à géométrie variable? (…) La vision que l’on a de la variété populaire est par nature instable. Avec le temps, les chansons qui exaspéraient peuvent devenir magnifiques de nostalgie. (…) Le patrimoine, c’est aussi de la légèreté, du plaisir, des souvenirs communs à tous. On peut évidemment opposer la culture et le divertissement, débattre de leur importance respective, de leur légitimité, de leur « utilité ». En tant que producteur de disques, je suis toujours un peu entre les deux, voire entièrement dans les deux à la fois. »

A propos de diversité, Universal ne produit pas que de la musique dite « commerciale » p. 108 « A aucun moment depuis le début de la crise, nous (Universal Music France, ndlr) n’avons diminué l’investissement artistique. Le coeur de mon métier est d’être éditeur. Je suis éditeur de disques comme Antoine Gallimard est éditeur de livres. Mon entreprise, comme la sienne, doit dégager du profit. Et nous savons que, par essence, une partie de notre activité n’est pas rentable. Un certain nombre de disques, d’artistes, de labels, d’esthétiques ou de produits ne dégagent pas de profit. Nous sommes fiers de produire des artistes dont les ventes tournent autour de 30 000 exemplaires par album et dont nous renouvelons les contrats alors qu’ils ne sont pas immédiatement rentables. Parfois, certains voient leurs ventes augmenter et ils entrent dans une autre catégorie, mais, pour beaucoup d’entre eux, nous n’attendons nullement qu’ils fassent tourner la maison. (…) Si nous représentons plus de 40% du marché français, nous ne pouvons l’attribuer uniquement aux disques de Florent Pagny, Roberto Alagna, Zazie et Gérald De Palmas. Notre offre doit correspondre au marché, c’est-à-dire à tout le marché, dans sa diversité et sa profondeur. Notre travail éditorial est aussi de produire ou de distribuer des disques dans l’unique but qu’ils existent et soient disponibles. Je suis très content que le label européen le plus pointu, ECM, soit distribué en France par Universal, même si beaucoup de ses références en jazz ou en musiques nouvelles ne se vendent qu’à cinq ou six cents exemplaires. Et, très naturellement, nous ne nous privons pas de conserver dans nos catalogues des artistes ou des esthétiques qui ne sont pas profitables, et cela pour une seule raison . nous les aimons. (…) Parmi tous les artistes que nous signons, un certain nombre sont des défricheurs, des chercheurs, des inventeurs qui apportent une inspiration neuve dont se nourrissent d’autres artistes qui, eux, toucheront le grand public. Sans Léo Ferré, nous n’aurions jamais eu Bernard Lavilliers, qui a vendu beaucoup plus que son aîné. Sans les artistes méconnus qui ont bidouillé dans l’électro, jamais David Guetta ne serait devenu une star. (…) Il est nécessaire de produire des artistes qui fécondent leurs cadets (…). Il y a une réalité que beaucoup refusent d’entendre : la plupart de nos productions perdent de l’argent. »

A propos du rapport musique & marques qui est un sujet auquel je suis confronté en travaillant sur des événements sponsorisés par de grands groupes p. 141 « Pour que l’association d’un artiste et d’une marque (ce que l’on appelle l' »endorsement ») ait un sens, elle ne doit pas porter préjudice à l’image de l’artiste. Si l’image de la marque – ou son slogan, ou son logo – se sur-imprime à celle de l’artiste, il faut arrêter tout de suite. (…) Nous préférons que nos professionnels, côtoyant les artistes au quotidien, prennent les devants plutôt que d’éconduire les marques qui fantasment sur l’image des artistes et les sollicitent dans leur seul intérêt.

Notre sensibilité permet de pousser le curseur jusqu’au point d’équilibre qui servira l’artiste et la marque sans les desservir ni l’un ni l’autre. (…) Le public n’apprécie guère de voir les artistes piétiner leur propre image, ni mettre à mal leurs propres mythologies. Les émotions suscitées par la musique populaire ont parfois une dimension qui confine à une puissance magique, chamanisme, presque sacrée, et en même temps extrêmement intime. Des chansons écoutées en se rasant le matin ou dans un embouteillage peuvent prendre soudain une tout autre ampleur. (…) Il ne faut pas abîmer ces instants pendant lesquels l’artiste est un peu sorcier. Voilà pourquoi nous devons veiller scrupuleusement à la relation qui s’établit entre une marque et un univers d’artiste. L’association aux marques est inéluctable et, depuis belle lurette, les Anglo-Saxons et les Hispaniques l’abordent plus sereinement que nous. Aucune tournée internationale n’a lieu aujourd’hui sans « sponsor-produit », que ce soit une marque de voitures ou de téléphones portables. Mais il faut savoir jusqu’où l’on est prêt à aller, avec pour premier souci l’image de l’artiste. Celui-ci ne doit jamais apparaître comme subordonné ou soumis à une marque. Il apporte son image à un produit et non le contraire. (…) Notre travail est de réfléchir de manière globale aux activités et aux ressources d’un artiste, plutôt que de chercher les aubaines les plus fructueuses à court terme. (…) Nous pensons au-delà de la marge de l’exercice comptable en cours : la richesse d’une maison de disques se mesure à ses catalogues et à leur impact durable sur le public. »

A propos de business p. 149 « Universal présente une particularité unique parmi les majors : une partie du bonus annuel des patrons de label est calculée selon le nombre d’artistes, locaux ou internationaux, qui obtiennent leur premier disque d’or ou de platine sur le marché français. Ainsi nos directeurs de label ne peuvent pas se contenter de sortir de bons albums d’artistes établis – ce qui est déjà un travail difficile. Il faut qu’ils découvrent, qu’ils innovent. Mon bonus personnel étant calculé de la même façon, il ne faut pas s’étonner qu’Universal, même en pleine crise du disque, continue à développer des artistes. (…) Pour les directeurs de labels comme pour moi, l’enjeu n’est pas seulement de donner aux actionnaires un bon dividende; il faut qu’Universal s’enrichisse. Et la fortune d’Universal, ce ne sont que des enregistrements et des contrats d’artistes ».

p. 68 « Sur un disque vendu entre 12 et 17€, il faut défalquer la TVA de 19,6% sur le prix de vente, – c’est l’Etat qui gagne le plus d’argent sur un album. »

La musique est partout de nos jours p. 208 « On a jamais autant écouté de musique. Le disque vinyle et la cassette audio n’autorisaient pas tous les usages qui se sont développés avec le CD dans les restaurants, les boutiques et même chacun d’entre nous. Mais, pour la première fois dans l’histoire, plus on consomme, moins on paye, grâce à la diffusion illégale, aux lecteurs MP3, à la sonorisation de tous les espaces publics… Or cette omniprésence de la musique contribue à en diminuer la valeur. (…) Le marché du disque est un marché de l’offre : c’est le produit qui créé le besoin. »

Produire de la musique est un métier de patience même si aujourd’hui on attend moins… p. 230 « Sans doute l’honneur de Philips a-t-il été d’attendre de 1958 à 1979 que Gainsbourg triomphe commercialement avec l’album Aux armes et caetera. Mais pendant ces vingt et un ans, le marché permettait justement qu’un certain nombre d’artistes ait les moyens de s’exprimer, même sans gros chiffres de vente, notamment parce que les coûts de production et surtout de promotion étaient bien moindres. Une des conséquences directes de la crise aura été de nous priver des moyens d’être patients. »

A propos de la consommation de musique en ligne p. 265 « Plus il est numérisé, moins le marché est ouvert. Certes, des millions de références sont accessibles depuis n’importe quel ordinateur à n’importe quel moment. Mais la clientèle se concentre plus encore que dans les magasins de disques sur un petit nombre de références. Les 200 références les plus vendues au cours d’une semaine représentent à peu près le tiers du marché physique. Dans le marché numérique (sur iTunes, principalement), les 200 références les plus vendues représentent la moitié des téléchargements. (…)

Quiconque a déjà fréquenté un restaurant vietnamien sait qu’on y propose des centaines de plats. Or, que faisons-nous quand nous allons y déjeuner? Nous commandons en général un rouleau de printemps ou des nems, puis nous choisissons un canard laqué ou un poulet à la citronnelle. Et si nous y retournons tous les jours pendant une semaine, nous finirons par ne plus regarder la carte et commander toujours le même repas. De la même manière que la plupart des clients ignorent toutes les subtilités culinaires qui leur sont proposées dans le menu d’un restaurant vietnamien, les clients des sites de téléchargement vont vers très peu de références. (…) nous le vérifions chaque jour sur le marché numérique : plus grand est le choix, plus le consommateur réduit le sien. Autrement dit, pour filer la métaphore culinaire, le client régulier d’un restaurant s’autorisera davantage à diversifier la composition de ses menus si la carte de l’établissement ne lui propose que cinq hors-d’oeuvre et cinq plats plutôt que si la liste de ces derniers est infinie. Le poids du Top 10 sur iTunes est ainsi commercialement énorme, quand des millions de titres ne sont téléchargés qu’une seule fois, et des millions d’autres, jamais. Sur ces sites, le consommateur va en priorité vers des références dont il a entendu parler ou qu’il connaît déjà et ne s’aventure guère dans l’inconnu, contrairement à ce qu’on imaginait au début de l’ère numérique. Du point de vue culturel, le résultat est ambigu : certes, de plus en plus d’artistes peuvent s’exprimer et vendre leur musique, mais de moins en moins peuvent en vivre. (…) Aux Etats-Unis, il est paru 97 751 albums au cours de l’année 2009. 12 ont été vendus à plus d’un million d’exemplaire, mais, surtout, seuls 2% d’entre eux se sont écoulés à plus de 5 000 exemplaires. (…) Nous constatons que la durée de vie des albums physique est de plus en plus courte : en moyenne, 95% de la facturation d’un album Universal est effectué en douze semaines ! A part quelques succès qui vivent jusqu’à dix-huit mois, tout se joue de plus en plus vite. (…) Et c’est encore plus rapide pour le téléchargement. »

Vous pouvez vous-même constater ces chiffres en allant sur le site du SNEP (Syndicat national de l’edition phonographique).

A propos de back catalog et des supports musicaux p. 268 « Si le back catalog ne représente que 15% des ventes de CD, il atteint le tiers des téléchargements de titres Universal sur iTunes. Comme à chaque changement de support (le 33-tours, le CD, le numérique…), le back catalog bénéficie du regain d’intérêt de nouvelles générations constituant leur discothèque en puisant dans les ressources immenses des catalogues en ligne. Pour ces consommateurs là, le back catalog n’est pas de la musique du passé ; c’est de la nouveauté. »

Pascal Nègre encourage le streaming par abonnement p.268 « La révolution de la consommation de musique passera par des abonnements qui donnent accès librement, pour une somme forfaitaire, à des millions de titres – toutes les nouveautés et le back catalog. L’idée est attractive pour le public et garantit aux artistes que leurs oeuvres restent disponibles. Je me bats pour cette idée depuis une dizaine d’années et il semble que ce modèle s’impose enfin, puisqu’il donne en même temps une liberté immense au public, une source de revenus aux artistes et des moyens pour investir aux producteurs. Cette formule correspond surtout à la nouvelle manière de consommer de la musique, qui ne se soucie pas des barrières de genre, d’époque ou de langue, et passe à la fois par la découverte personnelle et par la diffusion virale. Un peu comme si le restaurant vietnamien devenait un gigantesque buffet à volonté. »

Il ne vous reste plus qu’à vous abonner à Deezer ou Spotify !

La création comme moteur p. 280 « Je pense que c’est une ânerie de réduire les investissements créatifs comme l’on fait certains de nos confrères. C’est en maintenant ses investissements artistiques qu’Universal s’en tire. (…) Oui, Universal Music France a licencié des salariés, mais en préservant toujours le coeur du réacteur – la création. Et les difficultés de certaines majors, ou tout au moins leurs performances moindres dans les même circonstances économiques catastrophiques, tiennent principalement au fait qu’elles n’ont pas sanctuarisé ce qui aurait dû faire leur prospérité à venir, c’est-à-dire les budgets artistiques. En restreignant le nombre de leurs signatures, donc de leur diversité artistique, elles ont mécaniquement restreint leur part de marché. »

Le CD comme objet qualitatif p. 286 « Le nombre de disques achetés au moment des fêtes de fin d’année est stable. Les Français achètent moins de musique pour eux-mêmes, mais ils en offrent toujours autant. Cela révèle un certain nombre de choses. D’abord, que le disque n’est pas un cadeau très cher. Ensuite que la musique continue d’être considérée comme un attribut personnel : on offre à ses enfants, à ses parents, à ses amis ou à ses grands-parents des disques qui leur correspondent, et qui dès lors créent du lien entre les générations et entre les individus. Enfin – et surtout – que l’objet-disque est toujours investi d’une valeur symbolique, sentimentale, culturelle et même sociale. Pour Noël, on n’offre pas un téléchargement à l’un de ses proches. On lui offre un disque. Cela seul pourrait suffire à me donner confiance en l’avenir : l’usage le plus noble et le plus généreux que l’on fait de la musique – en faire cadeau – n’a pas été remis en question par la crise du disque. Ce geste-là n’est pas la survivance d’un rite ancien. Il est au coeur de la relation que tous et chacun entretiennent avec la musique. On aime un disque : on l’offre. »

Nous pouvons même aller plus loin dans l’objet support en évoquant les solutions digitales de la société Record Memory qui développe des interfaces digitales à partir de supports bien physiques tels que la pomme USB des Beatles, sortie en 2009.

Enfin, l’auteur termine son livre par un point qui me tient le plus à coeur et que je m’efforce de « combattre » tous les jours que ce soit à travers les soirées d’écoute et de découvertes musicales haute-fidélité Rejoice, en travaillant avec le fabricant français de systèmes acoustiques sans compromis Divatech ou encore en étant membre de la Semaine du Son.

p. 287 « A rebours de l’optimisme dont j’ai fait preuve tout au long de ces pages, il me faut maintenant exprimer ma colère et mon indignation. Le pire qui soit arrivé à la musique ces dernières années n’est en effet pas la crise du disque, non – cette catastrophe, c’est la surdité ! Toute une génération semble avoir perdu l’oreille. Elle passe son temps à écouter sur ordinateur des chansons compressées, décompressées et recompressées, sans apparaître le moins du monde s’en trouver scandalisée. Or, c’est un désastre artistique. Que l’on puisse se satisfaire de deux minuscules haut-parleurs d’ordinateurs pour écouter une oeuvre qu’un artiste a passé des semaines à travailler, à peaufiner, à perfectionner avec des musiciens, des réalisateurs et des ingénieurs du son, pour qu’elle soit offerte au public avec toute la palette de couleurs qu’il a imaginées, oui, cela me révolte ! C’est du saccage pur et simple !

A la faveur d’une étude réalisée en Grande-Bretagne sur la restitution sonore favorite des adolescents, il est apparu que ceux-ci préféraient le son diffusé par les haut-parleurs des ordinateurs – un pauvre son sans profondeur, avec les aigus qui grésillent et les basses qui saturent. Le gouvernement mène en France des campagnes sur le goût pour convaincre les gamins qu’il y a mieux que le ketchup et la mayonnaise en tube. Il faudrait faire de même quant au son de la musique. Autrement, je le répète, une génération va perdre l’oreille, comme d’aucuns ont perdu le goût à force de déjeuner au fast food et de dîner de pizzas surgelées. Cette dégénérescence de la sensibilité acoustique est un drame pire que la piraterie. Ecouter du MP3 sur un ordinateur portable est une abomination.

Quand on a connu l’arrivée de la stéréo, quand on a vécu comme une révolution de coiffer un casque pour écouter Pink Floyd – avec l’impression que la musique vous traversait la tête -, quand on a passé des heures dans les magasins de hi-fi à essayer des amplis et des enceintes, comment ne pas être atterré par la bouillasse sortant des ordinateurs ?

Je le dis crûment : ce son-là est la négation de toute ma vie professionnelle et artistique ! Si j’avais une revendication à formuler, et une revendication urgente, ce serait que les fabricants installent de meilleurs systèmes de diffusion de son sur les ordinateurs – de bonnes performances de la carte-son, de bons haut-parleurs, de bonnes prises de casque. Et qu’on cesse de faire circuler ces fichiers musicaux dégradés qui dénaturent les créations des artistes !

J’ai toujours pensé que le public avait raison. Le succès, l’insuccès, la gloire, l’oubli – c’est lui qui en décide et il ne se trompe jamais. Mais, lorsqu’il se satisfait d’écouter de la musique dans des conditions désastreuses, sur du matériel indigne, comme il le fait aujourd’hui, on ne peut que lui donner tort. Il donne le sentiment de ne plus aimer la musique, mais sa contrefaçon. »

Je pense  en effet qu’il y a un énorme travail de sensibilisation à faire sur la question du son et de la musique auprès des adolescents et même des adultes qui, pour différentes raisons, qu’elles soient économiques, par manque de temps ou d’intérêt, négligent complètement l’aspect qualitatif et sanitaire de la diffusion du son. Cela est valable également pour tous les magasins et restaurants dont le matériel et le contenu agressent en permanence les oreilles des consommateurs au risque de leur faire perdre l’envie et le goût de la musique (ainsi que de sortir dans des lieux publics tout simplement). Il faut passer du rejet pur et simple déclenché par l’accumulation de mauvaises expériences (qui deviennent par ailleurs la norme actuellement) à la redécouverte du plaisir lié à l’écoute. On sous-estime totalement la richesse du sonore dans notre société d’image et d’apparence. Au même titre que la culture biologique pour l’alimentation, il faut proposer une alternative plus saine du son tel qu’on l’entend aujourd’hui car les gens y seront de plus en plus sensibles (cf. chiffre de ventes des vinyles, articles sur la hi-fi dans la presse généraliste, développement de la semaine du son…).

En conclusion, je dirai que cet essai de Pascal Nègre est à destination du plus grand nombre car il aborde des aspects très larges de la musique; de la production à la consommation, en passant par la diffusion sonore. Par ailleurs, il décrit en détails un univers fantasmé dans l’inconscient collectif, à savoir ici l’industrie du disque, et révèle les coulisses de « dossiers publics » dans lesquels il a joué un rôle clé. Ce livre montre ainsi que produire de la musique n’est pas une sinécure, surtout à une (relative) grande échelle. Je précise « relative » puisque l’auteur nous fait savoir dès les premières pages que malgré ce que l’on imagine, l’entreprise qu’il dirige ne fait pas plus de chiffre d’affaires qu’un gros hypermarché de province.

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